Le Venezuela a payé le prix de sa fragilité face à un ordre international dominé par le rapport de forces. Sanctions économiques, isolement diplomatique et pressions politiques ont fini par exposer les limites de la souveraineté d’un État riche en ressources mais structurellement affaibli. En tout cas, c’est ce que pense Moussa Ghalema Sangolo, président national du PVR et membre du Bureau politique du FCC. Puis lui, cette expérience doit servir d’avertissement à la République démocratique du Congo. Pays stratégique au cœur de l’Afrique, la RDC concentre d’immenses richesses minières tout en demeurant confrontée aux conflits armés, aux ingérences extérieures et à une dépendance économique persistante, autant de facteurs qui la placent au centre des rivalités géopolitiques contemporaines.
Voici ci-dessous l’intégralité de la tribune de Moussa Kalema
VENEZUELA HIER, RDC AUJOURD’HUI ! : LEÇON GÉOPOLITIQUE POUR LES PEUPLES RICHES MAIS VULNÉRABLES
Ce qui s’est passé au Venezuela n’est pas un événement isolé. C’est un signal d’alarme pour tous les pays riches en ressources naturelles mais fragiles économiquement, institutionnellement ou diplomatiquement. La République démocratique du Congo fait partie de ces pays.
Le « barrage » économique et politique imposé au Venezuela par les États-Unis révèle une vérité que beaucoup refusent encore d’admettre : dans l’ordre international actuel, la souveraineté réelle dépend moins des discours que de la capacité d’un État à défendre ses intérêts.
Quand la puissance l’emporte sur le droit
Officiellement, le monde est régi par le droit international, l’égalité souveraine des États et le respect des peuples. Dans la pratique, ces principes sont souvent conditionnés par le rapport de forces.
Le Venezuela a été affaibli non pas parce qu’il ne possède rien, mais parce qu’il possède trop :
du pétrole, une ressource stratégique qui attire les convoitises.
L’histoire est claire :
les pays pauvres en ressources sont ignorés, les pays riches mais faibles sont ciblés.
La RDC, avec son cobalt, son coltan, son cuivre, son lithium, son or et son potentiel hydroélectrique, ne peut pas se permettre l’illusion que cela ne la concerne pas.
La RDC et la région des Grands Lacs : une vulnérabilité structurelle
Notre pays vit depuis des décennies sous pression :
• conflits armés à l’Est,
• interférences étrangères,
• pillage organisé de nos ressources,
• dépendance économique,
• fragilité institutionnelle.
Ce contexte fait de la RDC un terrain permanent de rivalités géopolitiques, où les grandes puissances avancent leurs intérêts sous couvert de sécurité, de stabilisation ou de coopération.
Le précédent vénézuélien nous rappelle ceci :
Un État qui ne maîtrise pas son économie, sa diplomatie et sa sécurité devient un espace de projection pour les ambitions des autres.
Le droit international : une protection inégale
Oui, le droit international existe.
Mais il est sélectivement appliqué.
Lorsqu’un pays faible est violé, sanctionné ou déstabilisé, les réactions sont souvent tardives ou symboliques.
Lorsqu’une grande puissance agit unilatéralement, les mécanismes internationaux peinent à réagir.
Cela ne signifie pas que nous devons abandonner le droit international.
Au contraire :
• il reste un outil de dénonciation,
• un langage commun pour mobiliser les peuples,
• et un espace de résistance diplomatique.
Mais il serait naïf de croire qu’il suffit à lui seul.
Pourquoi les BRICS ne suffisent pas encore
Beaucoup espèrent que les BRICS constitueront un contrepoids automatique aux États-Unis et à l’Occident. La réalité est plus nuancée.
Les BRICS :
• ne sont pas une alliance militaire,
• avancent selon leurs intérêts propres,
• privilégient souvent la prudence stratégique.
Ils représentent une alternative progressive, mais pas un bouclier immédiat pour des pays en crise.
La protection durable ne viendra pas de l’extérieur.
Elle viendra de notre capacité interne à nous organiser.
Quelle leçon pour la RDC et l’Afrique centrale ?
La leçon est claire et sans complaisance :
1. La souveraineté se construit, elle ne se proclame pas.
2. Un pays divisé est une opportunité pour les puissances extérieures.
3. La dépendance économique est une faiblesse stratégique.
4. Les ressources naturelles sont une bénédiction seulement si elles sont maîtrisées par l’État.
Pour la RDC, cela implique :
• une économie diversifiée,
• un contrôle réel de la chaîne de valeur de nos minerais,
• une diplomatie régionale forte,
• une unité nationale au-dessus des clivages politiques.
Message aux Congolais
Le Venezuela nous enseigne que :
Dans le monde actuel, la faiblesse n’est pas pardonnée.
Notre combat n’est pas contre un pays ou un dirigeant étranger.
Notre combat est pour :
• un État fort,
• une gouvernance responsable,
• une conscience nationale éveillée.
La RDC ne doit pas être un champ de bataille des intérêts des autres, mais un acteur respecté de son propre destin.
Conclusion
Le monde n’est pas juste, mais il est lisible.
Ceux qui comprennent ses règles s’y protègent.
Ceux qui les ignorent les subissent.
Que l’exemple du Venezuela ne soit pas pour nous un simple fait divers international, mais un avertissement stratégique.
Fait à Kinshasa, le 04 Janvier 2026.
Moussa Kalema Sangolo – Zaku
President National et Membre du Bureau Politique du PVR , Membre du Bureau Politique du FCC


