RDC : 2025, l’année du naufrage quand la vérité s’impose comme condition de survie nationale ( Tribune de Moussa Kalema)

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Au terme de l’année 2025, la République démocratique du Congo se trouve à la croisée des chemins. Guerre persistante à l’Est, insécurité généralisée, délitement de l’État, paupérisation accélérée et rétrécissement de l’espace démocratique dessinent le portrait d’un pays profondément fragilisé. Dans cette tribune sans libre, Moussa Kalema Sangolo dresse un diagnostic sévère mais lucide : au-delà des agressions extérieures, la crise congolaise est d’abord le produit d’une gouvernance défaillante, d’une perte de légitimité politique et d’un État vidé de sa substance. Face à une guerre géopolitico-économique menée par procuration et à des médiations internationales contestées, l’auteur appelle à rompre avec le déni, à dire la vérité au peuple et à engager un dialogue intercongolais inclusif, seul capable de refonder la Nation et d’ouvrir la voie à une paix durable.

Ci-dessous, l’intégralité de la tribune de Moussa Kalema

RDC : 2025, L’ANNÉE OÙ LA VÉRITÉ DOIT ÊTRE DITE

Par-delà les formules rituelles de fin d’année, la République démocratique du Congo arrive au terme de 2025 profondément éprouvée. Le pays traverse une période de fragilité extrême, marquée par la guerre, l’insécurité généralisée, la dégradation des conditions sociales et une crise politique persistante. Il serait irresponsable de célébrer sans d’abord regarder la réalité en face.

Un peuple épuisé, un État affaibli

L’année 2025 a été une année de souffrance collective.
À l’Est du pays, la guerre s’est intensifiée, avec la chute de villes importantes, des déplacements massifs de populations et des massacres de civils qui continuent de choquer les consciences. Dans le reste du pays, l’insécurité s’est banalisée, le banditisme urbain s’est aggravé, et des milices ont étendu leur influence, jusque dans certaines zones de la capitale.

Sur le plan social, la situation est alarmante : cherté de la vie, effondrement du pouvoir d’achat, chômage, naufrages meurtriers, accidents de circulation évitables, inondations mortelles dues à l’absence d’infrastructures et à une gestion urbaine défaillante.
Kinshasa, cœur politique et économique du pays, donne trop souvent l’image d’une ville livrée à elle-même : insalubrité chronique, embouteillages paralysants, quartiers abandonnés.

Ce tableau traduit une réalité plus profonde : l’affaiblissement de l’État et la perte de confiance entre les gouvernants et les gouvernés.

L’échec de la gouvernance par la force

Face à la crise sécuritaire, le pouvoir a privilégié une approche fondée sur la force, la centralisation autoritaire et la restriction des libertés. Cette stratégie a échoué.

Échec militaire, avec une armée fragilisée par la politisation, le manque de professionnalisation et la mauvaise gestion.
Échec diplomatique, avec des accords négociés en position de faiblesse, sans consensus national.
Échec politique, avec la radicalisation du pouvoir, marquée par des arrestations arbitraires, des enlèvements d’acteurs politiques et sociaux, et la fermeture progressive de l’espace démocratique.

La paix ne peut être durable lorsqu’elle est imposée au peuple plutôt que construite avec lui.

Les causes internes d’un mal profond

Il serait trop facile — et surtout faux — de réduire la tragédie congolaise aux seules agressions extérieures.
Oui, la RDC est convoitée pour ses ressources stratégiques.
Mais la mauvaise gouvernance interne est un facteur central de notre vulnérabilité.

Corruption systémique, tribalisme, népotisme, clientélisme, détournement des fonds publics, pillage et bradage des ressources naturelles, impunité, instrumentalisation de la justice, caporalisation du Parlement, personnalisation excessive du pouvoir : ces pratiques ont progressivement vidé l’État de sa substance.

Un État qui ne protège pas l’intérêt général devient un terrain fertile pour les ingérences et les violences.

Une guerre géopolitico-économique par procuration

La guerre à l’Est doit désormais être comprise pour ce qu’elle est réellement :
une guerre géopolitico-économique, liée à la compétition mondiale pour les minerais stratégiques et les terres rares indispensables aux économies du futur.

Ce conflit dépasse le cadre d’un simple différend régional.
Il s’inscrit dans une confrontation globale, notamment entre grandes puissances, menée par procuration dans la région des Grands Lacs, avec le Rwanda et l’Ouganda comme relais opérationnels.

Refuser cette lecture, c’est condamner le pays à des solutions inadaptées et à des accords inefficaces.

Des médiations contestables, une paix fragile

Dans ce contexte, le choix de médiateurs internationaux dont les intérêts économiques sont étroitement liés à l’exploitation des ressources congolaises pose un sérieux problème de crédibilité.
Des accords négociés sans débat national, sans légitimité populaire et dans un contexte de grande fragilité de l’État ne peuvent garantir une paix durable.

La paix ne se signe pas uniquement dans les capitales étrangères ; elle se construit d’abord au sein de la Nation.

L’urgence d’un dialogue intercongolais

La sortie de crise passe inévitablement par un dialogue intercongolais inclusif.
Un dialogue capable de traiter les causes profondes du conflit, de restaurer la légitimité politique affaiblie par des processus électoraux contestés, de rétablir la règle démocratique, de reconstruire une justice indépendante, de définir une nouvelle doctrine militaire républicaine et d’auditer les accords conclus en situation de faiblesse nationale.

Dire la vérité pour reconstruire l’avenir

La RDC est plus grande que ses crises.
Aucun pays voisin, même soutenu par des puissances extérieures, ne peut venir à bout d’un Congo réconcilié avec lui-même, gouverné avec rigueur et vision.

À l’aube de 2026, le pays n’a pas seulement besoin de vœux.
Il a besoin de vérité, de courage politique et d’un sursaut national.

Dire la vérité aujourd’hui, c’est ouvrir la voie à la reconstruction de demain.
Fait à Kinshasa le 31/12/2025.

Moussa Kalema Sangolo – Zaku

Président National et Medy Bureau Politique du Parti des Verus Républicaines (PVR) , Membre du Bureau Politique du FCC

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