Silence complice de l’intellectuel congolais face à la crise nationale : Moussa Kalema répond au professeur Dely Kamoka

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Interpellé par la réflexion du professeur Dely Kamoka sur le silence des intellectuels congolais face à la crise multidimensionnelle que traverse la République démocratique du Congo, Moussa Kalema Sangolo-Zaku, président national du Parti des Vertus Républicaines (PVR), prend la plume pour marquer son désaccord. Dans une réponse argumentée et structurée, il récuse toute posture de mutisme intellectuel qu’il assimile à une abdication morale et à une complicité objective. L’auteur plaide pour une parole intellectuelle assumée, constante et responsable, estimant que le salut de la République passe par l’engagement courageux des élites académiques et politiques, et non par le silence ou la résignation.

Voici l’intégralité de la tribune

Réponse au professeur DELY KAMOKA Sur la question du silence de l’intellectuel congolais face à la crise nationale

Professeur Dely Kamoka,

Votre texte est un cri, un cri grave, douloureux, chargé d’angoisse et de lucidité sur l’état de la République Démocratique du Congo. Sur plusieurs points, votre diagnostic est juste, et je ne peux m’empêcher de reconnaître la profondeur de certaines de vos inquiétudes. Cependant, je ne partage ni votre conclusion, ni la posture intellectuelle que vous proposez à la Nation.

Je vous réponds ici point par point, non par polémique, mais par devoir républicain.

  1. Sur le silence de l’intellectuel

Vous affirmez que « le silence est plus parlant que des discours souvent incompris par les politiciens congolais ».

Je suis en désaccord fondamental.

Le silence de l’intellectuel, dans un contexte de prédation, d’aliénation et de dépossession :
• n’est pas neutralité,
• n’est pas sagesse,
• il devient complicité objective.

L’histoire universelle montre que les nations ne sombrent pas uniquement à cause des mauvais dirigeants, mais surtout à cause du silence prolongé de leurs élites intellectuelles.

Si les politiciens ne comprennent pas, ce n’est pas une raison pour se taire :
• c’est une raison pour expliquer mieux,
• insister,
• former la conscience populaire.

  1. Sur l’incompréhension des messages des évêques et des cardinaux

Vous évoquez à juste titre que les messages de la CENCO ont souvent été ignorés.

Mais permettez-moi de dire ceci :
Si aujourd’hui le Congo n’est pas totalement effondré, c’est précisément parce que certains ont parlé malgré l’incompréhension.

L’efficacité d’une parole ne se mesure pas à son effet immédiat, mais à :
• sa constance,
• sa justesse,
• sa capacité à laisser des traces dans la conscience collective.

Le silence n’aurait rien produit de mieux.

  1. Sur l’inaptitude du politicien congolais

Oui, il existe une suffisance inquiétante, une immaturité intellectuelle et morale chez nombre de politiciens congolais.

Mais je vous pose cette question, professeur :
Qui forme ces politiciens ?
Qui délivre les diplômes ?
Qui occupe les amphithéâtres depuis des décennies ?

L’université ne peut pas se poser uniquement en victime.
Elle doit aussi assumer sa part de responsabilité historique.

  1. Sur la critique sévère du peuple congolais

Vous qualifiez le peuple d’« inculte », d’endoctriné, prisonnier de la mésinformation.

Je comprends la colère.
Mais je rejette le mépris.

Un peuple n’est jamais naturellement inculte :
• il est mal formé,
• mal informé,
• abandonné par ses élites.

La mission de l’intellectuel n’est pas de condamner le peuple,
mais de l’éclairer, l’élever, le réveiller.

  1. Sur la politisation et la perte de scientificité des professeurs

Votre constat est juste et alarmant.

Mais la solution n’est pas le retrait silencieux.
La solution est :
• la réaffirmation de l’éthique scientifique,
• l’indépendance intellectuelle,
• le refus d’être instrumentalisé par le pouvoir ou l’opposition.

Un professeur peut analyser la politique sans devenir militant aveugle.

  1. Sur le fatalisme et l’annonce de la disparition de la République

Dire que « la République est vouée à la disparition » est, selon moi :
• une défaite morale,
• une capitulation intellectuelle.

L’histoire est remplie de nations déclarées mortes avant d’être relevées par :
• des minorités courageuses,
• des intellectuels engagés,
• des consciences éveillées.

Le Congo ne sera sauvé ni par le silence, ni par la peur, ni par la résignation.

  1. Sur la conscience brusque comme seule solution

Oui, une conscience nationale est nécessaire.
Mais elle ne tombe pas du ciel.

Elle se construit par :
• la parole,
• l’écrit,
• l’enseignement,
• la confrontation des idées,
• la dénonciation courageuse des anti-valeurs.

Le silence ne produit pas la conscience. Il produit l’oubli.

CONCLUSION

Professeur Dely Kamoka,
votre texte est un avertissement, mais votre conclusion est une erreur.

Face aux accords de factorerie, à l’aliénation, à la dépossession et à la prédation :
• se taire, c’est abandonner le pays,
• se taire, c’est laisser la charge du redressement aux démagogues,
• se taire, c’est trahir la mission historique de l’intellectuel.

L’intellectuel congolais ne doit ni se morfondre dans la lamentation,
ni se réfugier dans le silence,
mais parler, agir, réagir, avec rigueur, courage et responsabilité.

C’est à ce prix que la République peut encore être sauvée.

Moussa Kalema Sangolo-Zaku
Président National du Parti des Vertus Républicaines (PVR)
Membre du Bureau Politique du PVR
Membre du Bureau Politique du FCC

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