Ebola au Kasaï : Boulapé tourne la page de la 16ᵉ épidémie, l’INSP appelle à une vigilance permanente

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La République démocratique du Congo a officiellement déclaré la fin de la 16ᵉ épidémie de la maladie à virus Ebola dans la zone de santé de Boulapé, province du Kasaï, le 1ᵉʳ décembre 2025. Cette victoire sanitaire, obtenue après seulement six semaines de riposte et 42 jours sans nouveau cas, est saluée comme l’une des réponses les plus rapides et les plus efficaces jamais enregistrées dans le pays face à cette maladie hautement contagieuse.


Au cœur de cette riposte éclair, l’Institut national de santé publique (INSP), à travers son Centre des opérations d’urgence en santé publique (COUSP), a su mobiliser près de 50 % d’un budget global estimé entre 71 et 72 millions de dollars américains. Une mobilisation rendue possible grâce à l’implication du Gouvernement congolais et au soutien de nombreux partenaires nationaux et internationaux.


Le Directeur général de l’INSP, le Dr Dieudonné Mwamba Kazadi, s’est félicité de cette synergie qui a permis de lancer rapidement les actions sur le terrain. Selon lui, la disponibilité partielle mais stratégique de ces ressources financières a suffi pour enclencher l’ensemble des mécanismes de riposte, sans attendre des délais souvent observés lors des épidémies précédentes. Il a salué l’engagement responsable du Gouvernement ainsi que la contribution déterminante des partenaires techniques et financiers.


Plus d’une vingtaine de partenaires, internationaux, nationaux et locaux, ont été impliqués dans cette riposte, chacun intervenant selon son mandat et sa spécialité. Cette coordination a permis de déployer simultanément la vaccination, le traitement des malades, la décontamination des sites à risque et une surveillance épidémiologique renforcée, malgré les contraintes liées à l’éloignement de la zone affectée.


Parmi les actions déterminantes figure l’installation d’un laboratoire mobile à Boulapé, qui a considérablement réduit les délais de diagnostic. Alors qu’il fallait auparavant plusieurs jours pour confirmer un cas, les résultats étaient désormais disponibles en moins de 24 heures, facilitant une prise en charge rapide et l’isolement précoce des patients. Cette approche, combinée à une vaccination en ceinture autour des cas détectés, a permis de briser rapidement la chaîne de transmission, avec l’administration de dizaines de milliers de doses en un laps de temps réduit.


La riposte s’est toutefois déroulée dans un contexte particulièrement difficile. Boulapé reste une zone enclavée, caractérisée par des routes fortement dégradées où parcourir une trentaine de kilomètres peut prendre plusieurs heures. À cela s’est ajoutée la fuite initiale de nombreux agents de santé, gagnés par la peur d’Ebola. Il a fallu, selon le Directeur général de l’INSP, reconstruire la confiance, réhabiliter le fonctionnement de l’hôpital et rassurer le personnel avant même de soigner les malades.


Dans ce processus, l’adhésion des communautés locales a joué un rôle central. Les chefs coutumiers et religieux ont servi de relais essentiels pour porter le message de prévention et rassurer la population. Cette confiance communautaire a permis d’éviter la dissimulation des cas suspects et de faciliter le travail des équipes médicales.


Alors que l’épidémie est officiellement maîtrisée, l’INSP insiste sur le fait que ce succès ne doit pas conduire à un relâchement. Ebola demeure imprévisible, et la vigilance reste de mise. C’est dans cette optique qu’un plan de résilience de 90 jours a été mis en place à Boulapé, une approche nouvelle par rapport aux précédentes épidémies.
Ce plan vise à renforcer durablement le système de santé local, encore fragile, à travers la formation structurée du personnel, la mise en place d’équipes d’intervention rapide au niveau provincial et de la zone de santé, ainsi que le développement des capacités locales. L’objectif est clair : permettre aux acteurs de terrain de répondre efficacement à une éventuelle future épidémie sans dépendre exclusivement des interventions venues de Kinshasa.


Pour le Dr Dieudonné Mwamba, l’expérience de Boulapé doit désormais servir de référence. La rapidité de la riposte, l’anticipation opérationnelle et l’ancrage communautaire constituent, selon lui, les piliers d’une gestion moderne et efficace des urgences sanitaires en République démocratique du Congo. La vigilance permanente, conclut-il, reste le meilleur rempart contre le retour du virus.

Fidel Songo

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