La controverse suscitée par l’homélie prononcée récemment par Monseigneur Fulgence Muteba, président de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), continue d’alimenter le débat public. Après la lettre ouverte de Thierry Monsenepwo critiquant la prise de position du prélat catholique, Moussa Kalema Sangolo-Zaku, président national du Parti pour la Valeur de la République (PVR) et membre du Bureau politique du Front commun pour le Congo (FCC), livre à son tour une lecture politique et géostratégique du message de l’archevêque de Lubumbashi. Dans cette tribune, il estime que l’essentiel de l’homélie a été éludé, notamment la dénonciation d’accords internationaux conclus, selon lui, dans un contexte de forte vulnérabilité de l’État congolais, et interpelle sur les responsabilités internes et externes dans la crise sécuritaire et économique persistante en République démocratique du Congo.
Ci-dessous, la réponse de Moussa Kalema
TRIBUNE : RÉPONSE À LA LETTRE OUVERTE DE M. JEAN-THIERRY MONSENEPWO À PROPOS DE L’HOMÉLIE DE MONSEIGNEUR FULGENCE MUTEBA MUGALU
La lettre ouverte de M. Jean-Thierry Monsenepwo, adressée à Son Excellence Monseigneur Fulgence Muteba Mugalu, appelle une réponse de fond. Non par goût de la polémique, mais par exigence de vérité et de rigueur intellectuelle.
Car le problème central de cette lettre n’est pas son ton, mais son évitement du sujet essentiel.
L’homélie n’a pas été comprise ou n’a pas voulu l’être
Monseigneur Muteba n’a jamais nié l’agression extérieure contre la RDC.
Il n’a jamais blanchi le Rwanda ni l’Ouganda.
Il n’a jamais relativisé les massacres de notre peuple.
Son message portait ailleurs, plus loin, plus haut :
la dénonciation d’accords dits de “paix”, négociés par la RDC en position de fragilité extrême, sous la médiation de puissances directement intéressées par nos minerais stratégiques et nos terres rares.
C’est précisément ce point que la lettre de M. Monsenepwo contourne.
L’Église catholique n’a jamais été silencieuse
Contrairement à ce qui est insinué, l’Église catholique a été parmi les premières institutions à dénoncer l’occupation du territoire congolais dès 2023, notamment par la voix du Cardinal Fridolin Ambongo.
La réponse du camp présidentiel, à l’époque, ne fut ni débat ni écoute :
des militants et milices proches du pouvoir ont attaqué et vandalisé des lieux de culte catholiques.
Ce fait est connu. Le taire aujourd’hui relève d’une amnésie sélective.
Une guerre géopolitico-économique, pas seulement régionale
Oui, le Rwanda et l’Ouganda sont impliqués.
Mais penser qu’ils peuvent, même réunis, mener une guerre d’une telle ampleur contre la RDC sans l’appui stratégique, diplomatique et économique de grandes puissances, est politiquement incorrect et analytiquement naïf.
Les minerais pillés ne s’arrêtent pas à Kigali ou Kampala.
Ils alimentent des chaînes de valeur mondiales, dont les destinations finales sont bien connues : États-Unis, Qatar et alliés occidentaux.
Cette guerre est géopolitico-économique.
Le Rwanda et l’Ouganda en sont les relais régionaux, non les bénéficiaires finaux.
C’est cette vérité que Monseigneur Muteba a osé dire.
Washington et Doha : des accords de dépossession
Les accords de Washington et de Doha présentent toutes les caractéristiques :
• d’accords léonins,
• d’accords de factorerie moderne,
• d’une nouvelle forme de colonialisme économique.
Ils ont été :
• signés sans le Parlement,
• négociés sans expertise congolaise indépendante,
• conclus sans audit des ressources,
• imposés sans consultation populaire.
Les dénoncer n’est ni subversif ni antipatriotique.
C’est un devoir envers les générations futures.
Quand la courtisanerie remplace l’analyse
La lettre de M. Monsenepwo donne l’impression d’une défense réflexe d’un pouvoir affaibli, cherchant dans la diplomatie étrangère un soutien pour se maintenir, après avoir conduit le pays au bord de l’effondrement institutionnel et démocratique.
L’Église n’a pas pour mission de sauver un régime.
Elle a pour mission d’éclairer les consciences.
Conclusion
Monseigneur Muteba n’a pas parlé contre la RDC.
Il a parlé pour la RDC.
S’attaquer à lui sans répondre à ses arguments de fond, c’est refuser le débat national dont le pays a pourtant un besoin vital.
L’Histoire jugera les paroles.
Mais elle jugera aussi les silences, les contournements et les complaisances.
Fait à Kinshasa le 27 / 12 / 2025
Moussa Kalema Sangolo-Zaku
Président National du PVR
Membre du Bureau Politique du FCC


