Agression Rwandaise : Thierry Monsenepwo adresse une lettre ouverte à Mgr Fulgence Muteba

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Excellence Monseigneur, Votre homélie prononcée à l’occasion de la célébration de la Nativité, au cours de laquelle vous avez accusé les autorités congolaises de « brader les minerais », de « sacrifier la nation pour sauver un régime » et d’entretenir un prétendu « colonialisme économique », ne peut rester sans réponse.
Non parce qu’elle dérange le pouvoir, mais parce qu’elle dérange la vérité.

À partir du moment où une autorité morale de votre rang formule publiquement de telles accusations, elle engage non seulement sa parole pastorale, mais aussi sa responsabilité historique devant un peuple martyrisé.

Excellence Monseigneur,

Il est un fait établi, documenté et incontestable :
la République démocratique du Congo est victime, depuis 1996, d’une agression extérieure systémique, principalement orchestrée depuis le Rwanda.

Cette réalité n’est pas une opinion politique.
Elle est consignée dans les rapports officiels des Nations Unies, notamment :
Les rapports du Groupe d’experts du Conseil de sécurité sur la RDC (2022, 2023, 2024), qui attestent du soutien militaire direct, logistique et opérationnel du Rwanda au M23,
Ces mêmes rapports confirment la présence de plusieurs milliers de soldats des Rwanda Defence Forces (RDF) sur le territoire congolais, certains rapports évoquant jusqu’à 7.000 éléments, engagés aux côtés du M23 dans le Nord-Kivu.

Ces conclusions ont été endossées politiquement par des partenaires internationaux majeurs, notamment lorsque les États-Unis d’Amérique ont publiquement affirmé que Paul Kagame avait planifié, soutenu et coordonné l’offensive du M23 contre la RDC.

Excellence Monseigneur,

Face à ces faits accablants, une question centrale s’impose :
où était votre parole ?

Où était votre indignation lorsque :
des villages entiers étaient rasés,
des populations civiles massacrées,
des enfants enrôlés de force,
des femmes violées comme arme de guerre ?

Où était votre voix lorsque Human Rights Watch, dans ses rapports sur Kishishe, Rutshuru, Goma, Uvira et Bukavu, documentait :
des exécutions sommaires,
des fosses communes,
des assassinats ciblés de jeunes Congolais, tués pour le seul crime d’appartenir à cette nation ?

Ces rapports existent.
Ils sont publics.
Ils sont circonstanciés.
Ils décrivent des crimes qui relèvent du droit international humanitaire.

Votre silence face à ces crimes contraste violemment avec la virulence de vos propos à l’encontre des autorités congolaises actuelles.

Excellence Monseigneur,

Votre déplacement à Kigali, vos paroles cordiales, vos sourires affichés aux côtés du Président rwandais — aujourd’hui formellement mis en cause par les Nations Unies et par des puissances internationales — posent un problème moral majeur.

Ils posent un problème de cohérence.
Ils posent un problème de crédibilité.

Il est troublant, pour ne pas dire choquant, que vous, si prompte à dénoncer des accords encore inexistants ou non ratifiés, parlant même de 99 ans, l’on ne sait trouvé ou, soit restée étonnamment discrète face à une agression armée documentée, continue et sanglante.

Excellence Monseigneur,

Assimiler des discussions diplomatiques non encore conclues à un « colonialisme économique », tout en taisant un colonialisme armé réel, constitue une distorsion grave de la hiérarchie des responsabilités.

On ne peut :
• accuser sans preuve un État agressé,
• tout en épargnant moralement un État agresseur,
• et prétendre incarner la conscience nationale.

Le silence, dans ce contexte, n’est pas neutralité.
Il est positionnement.

L’Église a le droit d’interpeller le pouvoir.
Mais elle n’a pas le droit de désarmer moralement la Nation face à ceux qui la déchirent.

Le peuple congolais ne demande pas à l’Église de bénir un régime.
Il lui demande de nommer l’agresseur, de pleurer les victimes congolaises, et de ne pas relativiser le sang versé par des constructions discursives approximatives.

L’Histoire retiendra les paroles.
Mais elle retiendra surtout les silences.

Veuillez croire, Excellence Monseigneur, à l’expression d’un respect pour votre fonction spirituelle, mais aussi à la détermination inébranlable d’un citoyen congolais à refuser toute parole même ecclésiastique qui affaiblit la souveraineté, la dignité et la mémoire des martyrs de la République démocratique du Congo.

Ambassadeur Pca Jean Thierry Monsenepwo
note : en annexe documents relatifs aux rapports de HRW.

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