Loin d’un simple affrontement régional opposant la République démocratique du Congo à certains de ses voisins, la guerre qui ensanglante durablement l’Est du pays s’inscrit dans une dynamique beaucoup plus vaste et complexe. C’est ce que pense Moussa Kalema Sangolo-Zaku, président national du parti des vertus républicaines et membre du bureau politique du FCC. Il affirme que ce conflit constitue avant tout une guerre géoéconomique mondiale, alimentée par la convoitise des minerais stratégiques congolais indispensables aux industries de pointe et à la transition énergétique. Derrière l’activisme des groupes armés et les tensions diplomatiques apparentes se cacherait une rivalité internationale entre grandes puissances, dont les acteurs régionaux ne seraient que des relais.
Plus loin dans sa tribune, Moussa Kalema alerte également sur les dangers d’une médiation internationale biaisée, d’accords conclus en contexte de guerre, d’une balkanisation progressive du territoire national et d’une gouvernance interne fragilisée, appelant à un sursaut patriotique et à l’élaboration urgente d’une nouvelle doctrine stratégique fondée sur la souveraineté, l’unité nationale et la lucidité géopolitique.
Voici l’intégralité de la tribune ci-dessous
RDC : LA GUERRE DE L’ EST N’ EST PAS UNE GUERRE RÉGIONALE, MAIS UNE GUERRE GÉOÉCONOMIQUE MONDIALE .
Depuis trop longtemps, la guerre qui ravage l’Est de la République démocratique du Congo est présentée comme un simple conflit régional opposant la RDC à ses voisins, notamment le Rwanda, à travers des groupes armés comme le M23/AFC. Cette lecture est non seulement réductrice, mais dangereusement trompeuse. Elle empêche les Congolais de comprendre la véritable nature du conflit et condamne le pays à répéter les mêmes erreurs stratégiques.
UNE GUERRE POUR LES MINERAIS, PAS POUR LES FRONTIÈRES
La réalité est claire : la guerre à l’Est de la RDC est avant tout une guerre géoéconomique. Elle s’inscrit dans la rivalité mondiale pour le contrôle des minerais stratégiques indispensables aux industries du futur. Dans cette bataille globale, les puissances occidentales, principalement les États-Unis et leurs alliés, cherchent à sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement face à la montée en puissance de la Chine.
Le Rwanda et l’Ouganda ne sont pas les véritables centres de décision. Ils agissent comme des relais régionaux, des instruments locaux d’une stratégie qui les dépasse. Les groupes armés ne sont que les bras opérationnels d’un système de prédation structuré.
L’ ILLUSION DE LA MÉDIATION OCCIDENTALE
En acceptant des processus diplomatiques placés sous le parrainage exclusif de puissances directement impliquées dans cette rivalité, le pouvoir de Kinshasa a commis une faute stratégique majeure. On ne peut être à la fois juge, médiateur et bénéficiaire d’un conflit.
Lorsque des puissances étrangères exigent le retrait d’un groupe rebelle d’une ville précise tout en fermant les yeux sur l’occupation d’autres territoires, il ne s’agit pas de diplomatie, mais d’une gestion sélective du chaos. Cette approche ne vise pas la paix durable, mais la reconfiguration progressive du territoire congolais.
UNE BALKANISATION PROGRESSIVE ET DÉGUISÉE
La résurgence soudaine du discours sur le fédéralisme, portée par certains acteurs armés et politiques, n’est pas anodine. Elle s’inscrit dans une logique de fragmentation de l’État congolais. Diviser le Congo en entités plus petites, plus faibles et plus dépendantes faciliterait le contrôle des zones les plus riches en ressources naturelles.
La balkanisation ne se fait pas par proclamation officielle, mais par l’usure, la guerre prolongée et des accords présentés comme des solutions de paix alors qu’ils consacrent une perte de souveraineté.
LES ACCORDS DE WASHINGTON ET DE DOHA : DES INSTRUMENTS DE DÉPOSSESSION
Les accords négociés à Washington ou à Doha sont souvent présentés comme des avancées diplomatiques. Pourtant, conclus dans un contexte de guerre, de pressions et de déséquilibre des forces, ils portent les marques d’une capitulation politique. Ces textes engagent l’avenir du pays sans véritable débat national et hypothèquent les ressources congolaises pour plusieurs générations.
Un État fragilisé par la guerre ne peut signer des accords réellement équitables.
RESPONSABILITÉS INTERNES ET CRISE DE GOUVERNANCE
Il serait malhonnête d’attribuer l’ensemble des responsabilités à l’extérieur. La crise est aggravée par une mauvaise gouvernance chronique : clientélisme, népotisme, corruption, tribalisation du pouvoir et répression politique. Au moment où l’unité nationale est indispensable, les atteintes aux libertés publiques et le refus d’un dialogue national inclusif affaiblissent la cohésion du pays.
Un peuple divisé est un peuple vulnérable.
CHANGER DE CAP : URGENCE D’UNE NOUVELLE DOCTRINE NATIONALE .
La RDC doit rompre avec la naïveté stratégique. La solution ne viendra ni de Washington, ni de Kigali, ni de Doha. Elle passera par :
• un dialogue national inclusif, sous médiation congolaise ;
• une réorientation de la diplomatie, fondée sur l’équilibre et la diversification des partenariats ;
• un audit des accords et contrats conclus en contexte de guerre ;
• la reconstruction d’une armée nationale véritablement souveraine ;
• la restauration de la confiance entre l’État et le peuple.
À RETENIR
La guerre à l’Est du Congo révèle une vérité essentielle : sans lucidité géopolitique, sans unité nationale et sans souveraineté réelle, même un pays immensément riche peut devenir le champ de bataille permanent des autres.
Le salut du Congo ne viendra pas de la soumission à des agendas extérieurs, mais d’un sursaut national, d’un leadership courageux et d’un refus ferme de toute balkanisation déguisée sous le masque de la diplomatie.
Fait à Kinshasa, le 21 décembre 2025
Moussa Kalema Sangolo-Zaku Leader du PVR


