Réunis à Kinshasa du 10 au 14 décembre 2025, les cardinaux, archevêques et évêques membres de l’Association des Conférences Épiscopales de l’Afrique Centrale (ACEAC), représentant la RDC, le Rwanda et le Burundi, ont élevé une voix commune en faveur du rétablissement de la paix dans la sous-région des Grands Lacs.
Cette prise de position intervient dans un climat marqué par une aggravation des violences armées, notamment dans l’Est de la République démocratique du Congo, où la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, poursuit son avancée territoriale. Cette situation perdure malgré les efforts diplomatiques engagés entre Kinshasa et Kigali sous la facilitation des États-Unis, ainsi que les discussions entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23 conduites sous la médiation du Qatar.
Dans leur message final, lu à l’issue d’une messe célébrée à la cathédrale Notre-Dame du Congo, les prélats ont souligné leur engagement à promouvoir la fraternité et la coexistence pacifique au-delà des frontières et des conflits. Ils ont affirmé leur détermination à continuer de prier, d’annoncer l’Évangile de la paix et d’agir ensemble pour faire prévaloir l’amour sur la haine et la paix sur la guerre.
Constatant la faiblesse des résultats enregistrés sur le terrain, les responsables religieux ont interpellé les dirigeants des trois pays, les appelant à s’investir sincèrement dans les mécanismes de paix, non par calcul politique ou sous pression extérieure, mais par une réelle volonté de bâtir un avenir commun apaisé.
Ils ont également exhorté les autorités à renoncer aux discours belliqueux et à privilégier une communication non violente, susceptible de favoriser des stratégies concertées contre les forces qui entretiennent l’instabilité. Les évêques ont insisté sur la nécessité de faciliter le retour et la réintégration socio-économique des réfugiés et déplacés, dans le respect de la dignité humaine, des droits fondamentaux et des valeurs de pardon. Ils ont enfin plaidé pour l’implication active de toutes les forces vives de la société dans la construction d’une paix durable.
Parallèlement, l’Église du Christ au Congo (ECC) et la Conférence Épiscopale Nationale du Congo (CENCO) poursuivent la promotion du Pacte social pour la paix et le bien-vivre ensemble dans la région des Grands Lacs. Cette initiative vise à s’attaquer aux causes profondes des conflits à travers le dialogue interreligieux et intersectoriel, l’organisation de cadres citoyens d’échanges et la valorisation du concept de bumuntu, socle de la cohésion sociale.
Ce plaidoyer pour la paix intervient alors que la situation sécuritaire continue de se dégrader dans l’Est du pays. La ville stratégique d’Uvira, au Sud-Kivu, est récemment passée sous le contrôle de l’AFC/M23, renforçant l’emprise de ce mouvement dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu. Cette avancée fait craindre une extension du conflit vers l’espace du Grand Katanga, considéré comme un pilier économique majeur de la RDC.
Cette détérioration survient paradoxalement après la validation des accords de Washington entre Kinshasa et Kigali, censés consolider un cessez-le-feu durable. Sur le terrain, la réalité est tout autre, marquée par une intensification des violences et des accusations réciproques entre les deux États quant à la responsabilité de l’impasse sécuritaire actuelle.
La Rédaction


