En qualifiant publiquement l’armée nationale d’« armée de clochards », le Président de la République, en sa qualité de Commandant suprême des FARDC, ne pose pas un simple acte de communication politique. Il engage sa responsabilité constitutionnelle, fragilise le moral des troupes en temps de guerre et porte atteinte à l’un des piliers de l’unité nationale. C’est ce qu’explique Moussa Kalema Sangolo-Zaku, président national du parti des vertus républicaines et membre du bureau politique du FCC, dans cette tribune qui fait voir, textes constitutionnels à l’appui, pourquoi de tels propos du Chef de l’État constitue non seulement une faute institutionnelle grave mais aussi un aveu d’échec du commandement au sommet de l’État.
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TRIBUNE LIBRE : Humilier l’armée nationale est : une faute constitutionnelle engageant la responsabilité du Commandant suprême
En République démocratique du Congo, la parole présidentielle n’est jamais neutre. Elle est juridiquement située. Elle engage l’État, ses institutions et leur crédibilité. Lorsqu’elle concerne les Forces armées, elle engage directement la responsabilité constitutionnelle du Président de la République, en sa qualité de Commandant suprême.
- Le fondement constitutionnel du commandement suprême
L’article 83 de la Constitution de la RDC est sans ambiguïté :
Article 83 :
Le Président de la République est le Chef de l’État. Il est le symbole de l’unité nationale.
Il veille au respect de la Constitution.
Il est le Commandant suprême des Forces armées et de la Police nationale.
Ce statut ne confère pas seulement un pouvoir, il impose des obligations constitutionnelles positives, notamment :
• la protection de l’honneur de l’institution militaire,
• la préservation de sa cohésion,
• le maintien du moral des troupes,
• l’assomption pleine et entière de son fonctionnement.
En traitant publiquement les FARDC d’« armée de clochards », le Président de la République ne s’exprime pas comme un observateur : il s’auto-incrimine comme autorité responsable.
- Contradiction officielle et responsabilité politique
En 2019, le Président déclarait avoir trouvé une armée « structurée », injustement diabolisée. Cette déclaration constitue un constat officiel initial, engageant sa responsabilité politique.
En droit public, le principe est clair :
l’autorité qui reconnaît l’état d’une institution à un moment donné est comptable de son évolution sous son mandat.
Dès lors, affirmer urbi orbi six ans plus tard avoir hérité d’une armée « clocharde » ne peut juridiquement signifier qu’une chose :
un aveu d’échec sous son propre commandement, et non une accusation contre une institution qu’il dirige depuis six ans.
- Atteinte constitutionnelle au moral des forces armées
L’article 187 de la Constitution définit la mission des FARDC :
Article 187 :
Les Forces armées de la République démocratique du Congo ont pour mission de défendre l’intégrité du territoire national et les frontières.
Cette mission est actuellement exercée dans un contexte de guerre réelle, notamment à l’Est du pays. Le moral des troupes n’est donc pas un élément accessoire, mais une condition de l’efficacité constitutionnelle de l’armée.
Démoraliser publiquement l’armée en temps de conflit constitue :
• une atteinte fonctionnelle à la défense nationale,
• un manquement au devoir de commandement,
• une contradiction directe avec l’article 187.
Aucun Commandant suprême respectueux de la Constitution ne peut fragiliser l’instrument même de la souveraineté nationale.
- Responsabilité directe du Président dans l’organisation des FARDC
La Constitution confère au Président des pouvoirs déterminants sur l’armée, notamment :
Article 91 :
Le Président de la République nomme, relève de leurs fonctions et, le cas échéant, révoque les hauts fonctionnaires civils et militaires.
Article 87 :
Le Président de la République a le droit de grâce.
Ces dispositions établissent une règle fondamentale du droit public :
celui qui nomme, oriente et gracie est responsable des effets de ses décisions.
Dès lors :
• les nominations contestées,
• les promotions controversées,
• la libération ou la réhabilitation d’officiers condamnés,
• les choix stratégiques opérés sans contrôle parlementaire effectif,
relèvent exclusivement de la responsabilité du Chef de l’État.
Il est donc juridiquement irrecevable de transformer cette responsabilité en accusation contre l’institution militaire elle-même.
- Atteinte au rôle présidentiel de garant de l’unité nationale
L’article 69 de la Constitution dispose :
Article 69 :
Le Président de la République est le symbole de l’unité nationale.
L’armée nationale est l’une des expressions les plus sensibles de cette unité. L’humilier publiquement revient à fracturer symboliquement la Nation, à opposer le pouvoir politique à l’institution chargée de sa survie.
Un Président ne peut prétendre incarner l’unité nationale tout en discréditant l’un de ses piliers fondamentaux.
- Une faute institutionnelle, pas un simple dérapage verbal
Cette tribune ne relève ni de l’émotion ni de la polémique. Elle repose sur le droit.
Qualifier l’armée nationale de « clocharde » :
• viole l’esprit de l’article 83,
• affaiblit la mission constitutionnelle définie à l’article 187,
• contredit la responsabilité découlant des articles 87 et 91,
• porte atteinte au symbole d’unité nationale consacré par l’article 69.
En démocratie constitutionnelle, le Commandant suprême ne se défausse pas sur l’institution qu’il dirige.
Il assume.
Il corrige.
Il rend compte.
Car humilier l’armée nationale n’est pas un style de communication.
C’est une faute constitutionnelle engageant la responsabilité politique du Chef de l’État.
Fait à Kinshasa le 15/122025.
Moussa Kalema Sangolo-Zaku
Président National , Membre du Bureau Politique du PVR , Membre du Bureau Politique du FCC


