RDC : Refuser la paix de façade, reconquérir la souveraineté nationale ( Tribune de Moussa Kalema)

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Présenté comme un accord de paix historique, le récent compromis conclu entre la République démocratique du Congo et le Rwanda, sous médiation américaine et avec l’implication du Qatar, soulève de profondes interrogations. Au-delà du discours officiel, cet accord révèle des enjeux géopolitiques majeurs liés à la guerre mondiale silencieuse autour des ressources stratégiques congolaises. Entre médiation intéressée des grandes puissances, rôle pivot du Rwanda, influence financière discrète du Qatar et risque d’externalisation progressive de la souveraineté sécuritaire et économique, le Congo se retrouve face à un moment décisif de son histoire. Dans cette grande tribune, Moussa Kalema Sangolo-Zaku appelle à la lucidité nationale, rejette toute paix obtenue au prix de la souveraineté et exhorte le peuple congolais à un sursaut de dignité pour reprendre le contrôle de son destin.

GRANDE TRIBUNE NATIONALE

RDC : Refuser la paix de façade, reconquérir la souveraineté

Introduction – Le moment de vérité

L’histoire des nations ne progresse pas toujours dans le bruit des canons.
Parfois, elle bascule dans le silence feutré des salons diplomatiques, là où des accords sont signés au nom de la paix, mais au prix de la souveraineté.

La République démocratique du Congo traverse aujourd’hui l’un de ces moments de vérité.
Un accord présenté comme « historique » a été signé avec le Rwanda sous la médiation des États-Unis et avec l’implication active du Qatar. À entendre ses promoteurs, la paix serait enfin à portée de main.

Mais l’histoire nous enseigne une leçon fondamentale : toute paix qui exige l’abandon de la souveraineté n’est qu’une trêve imposée.

I. Le Congo au cœur d’une guerre mondiale silencieuse

Ce qui se joue en RDC dépasse de loin un différend bilatéral avec le Rwanda.
Notre pays est aujourd’hui l’épicentre d’une compétition mondiale pour les ressources stratégiques sans lesquelles aucune puissance ne peut prétendre dominer le XXIᵉ siècle.

Cobalt, cuivre, lithium, coltan, terres rares :
sans le Congo, il n’y a ni transition énergétique, ni révolution numérique, ni industrie de défense moderne.

La guerre dans l’Est n’est donc ni accidentelle ni uniquement locale.
Elle est structurelle, systémique, et profondément géopolitique.

II. La médiation américaine : paix proclamée, intérêts stratégiques assumés

Les États-Unis ne sont pas intervenus par philanthropie.
Ils sont intervenus parce que le monde est entré dans une nouvelle guerre froide, cette fois économique, où la maîtrise des chaînes d’approvisionnement est devenue une question de sécurité nationale.

Dans cette logique :

la RDC représente la réserve stratégique mondiale ;

la stabilisation du conflit est nécessaire pour sécuriser l’extraction ;

la paix devient un outil au service de la géo-économie.

Ce qui est présenté comme un accord de paix est aussi un dispositif de sécurisation des intérêts américains, dans un contexte de rivalité directe avec la Chine.

III. Le Rwanda : un État-pivot, pas un acteur innocent

Le Rwanda ne tire pas sa puissance de ses ressources naturelles, mais de son utilité stratégique.
Il est devenu :

une plateforme sécuritaire régionale ;

un hub logistique ;

un partenaire discipliné pour les grandes puissances.

Dans cette architecture, le Rwanda sert d’interface entre la richesse congolaise et les marchés mondiaux.
La guerre par procuration, les groupes armés et les tensions récurrentes deviennent alors des outils de pression, normalisés par des accords successifs.

Un accord qui ne nomme pas clairement les responsabilités établies par de nombreux rapports internationaux n’est pas une paix : c’est un effacement politique.

IV. Le Qatar : l’influence silencieuse

Le rôle du Qatar est moins visible mais tout aussi déterminant.
Puissance financière globale, il agit comme facilitateur économique, investisseur stratégique et diplomate discret.

Là où les grandes puissances préfèrent rester en retrait, le Qatar avance.
Il finance, structure, influence — toujours avec une logique de long terme.

V. La souveraineté congolaise en question

Le véritable danger de cet accord n’est pas ce qu’il proclame, mais ce qu’il déplace.

On assiste à :

un glissement de la souveraineté sécuritaire vers des mécanismes conjoints ;

un affaiblissement de la capacité décisionnelle nationale ;

une externalisation progressive du contrôle économique.

Les corridors sécurisés, les partenariats asymétriques et les garanties étrangères risquent de transformer l’État congolais en simple spectateur de l’exploitation de ses propres richesses.

On ne conquiert plus les États par les armes, mais par les contrats.

VI. Pourquoi cet accord est dit “historique”

Cet accord est qualifié d’historique non pas parce qu’il met fin aux causes profondes du conflit, mais parce qu’il :

institutionnalise une architecture régionale favorable aux puissances extérieures ;

neutralise diplomatiquement les accusations contre certains acteurs ;

ouvre un cadre légal à l’exploitation sécurisée des ressources ;

réduit la marge de manœuvre stratégique future de la RDC.

Il est historique pour ceux qui gagnent.
Il est dangereux pour ceux qui cèdent.

VII. Le drame de la naïveté stratégique

Aucun pays ne perd sa souveraineté par hasard.
Elle se perd lorsque l’on confond :

médiation et salut,

investissements et développement,

silence des armes et paix durable.

La RDC a négocié en position de faiblesse, sans vision géopolitique globale, sans stratégie minière nationale assumée, sans rapport de force.

La naïveté stratégique est parfois plus destructrice que l’hostilité déclarée.

VIII. Le Congo n’est pas mort

Malgré les blessures, la RDC n’est pas un État condamné.
Elle est un géant affaibli par des réseaux mafieux, des intrigues de sérail et une gouvernance sans vision.

Mais ses signes vitaux sont là :

une population de plus en plus consciente ;

une jeunesse politisée ;

des forces patriotiques prêtes à défendre la souveraineté.

L’histoire montre que les nations sortent parfois du coma par un sursaut.

Conclusion – L’appel à la lucidité nationale

Le Congo ne sera pas sauvé par des accords écrits ailleurs.
Il ne sera sauvé que par le réveil de sa conscience nationale.

Nous ne rejetons pas la paix.
Nous rejetons la capitulation déguisée.

Nous ne refusons pas la coopération.
Nous refusons la dépossession.

L’heure est venue pour les Congolaises et les Congolais de dire clairement :
nos ressources ne sont pas une monnaie d’échange, notre souveraineté n’est pas négociable, notre avenir nous appartient.

Ce moment est historique, oui.
Parce qu’il nous oblige à choisir entre la résignation et la dignité.

Fait à Kinshasa, le 13/12/2025

Moussa Kalema Sangolo-Zaku
Président national du PVR
Membre du Bureau politique du PVR
Membre du Bureau politique du FCC

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