Violation de l’Accord de Washington par le régime de Kigali : Tina Salama insiste sur la souveraineté de la RDC et privilégie la voie diplomatique (Tribune)

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Alors que l’encre n’a pas encore séché, l’Accord de paix signé le 4 décembre dernier sous les auspices du Président américain Donald J. Trump est mis en péril par la partie rwandaise. Le Président de la République, Chef de l’Etat, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, l’a dénoncé au cours de son discours historique sur l’état de la Nation prononcé devant les Députés nationaux et Sénateurs réunis en Congrès, le lundi 8 décembre 2025. L’assaut de l’Armée rwandaise sur la ville d’Uvira dans le Sud-Kivu constitue la dernière violation en date. D’où, la clarification qu’apporte la présente tribune.

ACCORD DE WASHINGTON : L’EPREUVE D’UN NOUVEL AFFRONT DE LA PART DU RWANDA (TRIBUNE DE TINA SALAMA, PORTE-PAROLE DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE FELIX TSHISEKEDI)

Mise en péril de l’Accord parrainé par Trump

« Malgré notre bonne foi et l’accord récemment entériné, force est de constater que le Rwanda ne respecte pas ses engagements : ses supplétifs de l’AFC/M23 ont, ces derniers jours, multiplié les attaques – notamment à Kaziba, Katogota et Lubarika au Sud-Kivu – brisant le cessez-le-feu et ravivant la détresse des civils. Les faits s’inscrivent dans une réalité documentée : le Groupe d’experts de l’ONU a établi cet été que le Rwanda exerce un commandement et un contrôle effectifs sur le M23, tandis que des massacres d’ampleur ont été rapportés au Nord-Kivu, en dépit des cessez-le-feu annoncés. », a dénoncé le Président Félix Tshisekedi.

En ce jour solennel au Palais du Peuple, le Chef de l’Etat a martelé qu’il reste fidèle à la parole donnée de même qu’aux mécanismes de vérification convenus avec les partenaires nonobstant cette mauvaise foi manifeste de son homologue Paul Kagame. Il a aussi indiqué que la République Démocratique du Congo n’esquivera pas sa responsabilité de protéger ses populations menacées, privilégiera la voie diplomatique, mais ne renoncera ni à sa souveraineté ni à la sécurité de ses citoyens. « Permettez-moi d’être parfaitement clair : ces accords ne consacrent aucune forme de partage de notre souveraineté. »

Tina Salama, Porte-parole du Chef de l’État, SEM Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo

Le Gouvernement qui gère la République au quotidien a, pour sa part, dénoncé la persistance de l’agression rwandaise et la mise en péril de l’Accord de paix parrainé par le Président Trump. A travers un communiqué du ministère de la Communication et des Médias, la sonnette d’alarme est tirée sur la détérioration de la situation sécuritaire à Uvira consécutive à l’offensive généralisée lancée depuis plusieurs jours par les Forces de défense du Rwanda (RDF) dans l’axe Kamanyola-Uvira. « Dans cette aventure criminelle, des armes tactiques notamment des drones kamikazes ont été utilisés causant des pertes en vies humaines parmi les civils et des dégâts matériels considérables. Ces attaques constituent une violation flagrante du cessez-le-feu, des engagements pris dans le cadre des récents accords de paix, ainsi que des principes fondamentaux du droit international humanitaire. »

A Washington, le Président Félix Tshisekedi avait pris l’engagement de respecter, d’appliquer à la lettre les prescrits de cet Accord de paix. Alors que le Président rwandais annonçait, quant à lui, qu’il y aura « des hauts et des bas » dans la mise en application dudit Accord. Ce qui laisse présager des violations récurrentes du cessez-le-feu. Respect des accords n’est pas synonyme de renonciation au droit légitime à la sécurité, à la protection des populations et à la défense de l’intégrité territoriale. La RDC n’est pas un Etat voyou.

Le Conseil de sécurité des Nations Unies doit appeler le Rwanda à cesser ses velléités bellicistes et appliquer dans toute sa rigueur la Résolution 2773 reprise dans l’Accord de Washington qui prévoit notamment le retrait immédiat des troupes rwandaises du territoire congolais, le démantèlement des groupes armés – y compris les FDLR -, et la mise en place d’un mécanisme conjoint de sécurité chargé d’en superviser l’exécution. Rechercher la paix est loin d’être une faiblesse.

Quid de l’Accord de Washington ?

Cet Accord a pour but à mettre fin à un conflit armé prolongé, d’obtenir la levée de l’occupation de notre pays, de favoriser le retour des déplacés et réfugiés et restaurer l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire national. C’est, en effet, un pivot pour l’ensemble des processus de paix visant la résolution de ce conflit qui oppose la RDC et le Rwanda depuis près de trois décennies.

Tina Salama, Porte-parole du Chef de l’État, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo

L’Accord de Washington s’inscrit dans un cadre juridique international consensuel à la suite de la Charte des Nations Unies, des instruments juridiques de l’Union Africaine, et de la Résolution 2773 du Conseil de sécurité de l’ONU.

Ce qu’il faut retenir :

Au sujet de la présence des troupes rwandaises

Cet Accord dispose en son article 1.1 que les parties conviennent de mettre en œuvre le plan harmonisé de neutralisation des FDLR et de désengagement des Forces du Rwanda, confère CONOPS du 31 octobre 2024, plan annexé à l’accord. Ce plan prévoit un retrait intégral, vérifiable et encadré des troupes rwandaises.

Il s’agit donc d’un engagement précis de désengagement du Rwanda du sol congolais qui est mis en avant par l’Accord. De ce fait, cet Accord ne légalise donc nullement l’occupation du territoire congolais par le Rwanda contrairement à ce que beaucoup de ceux qui n’ont pas lu l’Accord allèguent çà et là.

Pour montrer l’intérêt que le Président de la République accorde à la souveraineté de la RDC et à son intégrité territoriale, dans cet Accord, c’est au préambule que celui-ci rappelle l’engagement des parties à respecter la souveraineté, l’intégrité territoriale et interdit tout recours à la force.

Sur la question de l’exploitation des ressources naturelles

L’Accord ne contient aucune disposition de cogestion ni de cession de ressources de la RDC. Il évoque plutôt la création d’un cadre d’intégration économique régionale et cela à l’article 6 et c’est même ce qui a justifié le fait d’un Accord distinct.
Ce cadre vise à élaguer toute émergence d’une économie illicite, ainsi toute initiative dans ce domaine devra être conforme aux lois nationales et aux instruments régionaux d’intégration économique auxquels les deux Etats font partie.

Sur la question de la justice et de la lutte contre l’impunité

A ce propos, dès le préambule de l’Accord, les parties se disent déterminer à promouvoir le plein respect des droits de la personne et du droit international humanitaire et, à l’article 2.3, il est dit que toute réintégration éventuelle dans les forces de sécurité s’effectue de manière rigoureuse, individualisée et conditionnelle justement pour éviter de garantir l’impunité à ceux qui ont commis des crimes. Nous avons vécu des expériences négatives notamment en 2009 avec conséquence d’intégration des éléments du CNDP et en 2013 avec des éléments du M23.

A cet effet, l’Accord prévoit une intégration au cas par cas et suivant des critères objectifs, cela pour éviter de donner accès aux responsables de graves violations des droits de l’homme, pour éviter aussi des infiltrations dans l’appareil sécuritaire et, enfin, cette conditionnalité permet de crédibiliser le processus auprès des partenaires de la République Démocratique du Congo.

Lien entre cet Accord et la vision du Chef de l’Etat

Cet Accord incarne la volonté de rupture exprimée par le Chef de l’Etat face aux cycles passés de violence. C’est pourquoi, il était temps de penser à une résolution globale et durable de cette question. Le cadre d’intégration régionale est une réponse à cette exigence.

La signature des Présidents congolais et rwandais n’est pas une formalité, mais un acte politique majeur. Elle marque : une validation politique suprême des engagements pris en amont ; une volonté affirmée de tourner la page de la confrontation permanente ; et surtout, une reconnaissance que la stabilité de la région est une responsabilité partagée.

Une vision partagée : l’intégration économique régionale. Ces Accords s’inscrivent dans la vision du Président de la République. L’intégration économique régionale n’est pas une faiblesse. C’est au contraire : un levier de paix ; un accélérateur de développement ; un outil de transformation structurelle. Elle permet de remplacer l’économie de la contrebande par une économie régulée, de transformer les frontières en espaces d’échanges plutôt qu’en zones de conflit, de créer des chaines de valeur partagées, et de garantir que les ressources profitent enfin aux peuples.

Les dividendes que tire la RDC de ces Accords c’est la sécurisation durable de l’Est, la fin progressive de l’économie de guerre, la valorisation locale des minerais, le renforcement de la souveraineté économique, l’insertion stratégique dans les chaines de valeur mondiales. Sur un total de cinq Accords signés aux USA le 4 décembre 2025, c’est l’Accord de paix qui est mis à mal par le Rwanda.

En définitive, l’Accord n’est pas une finalité en soi. Il est, cependant, un pivot autour duquel des nouvelles dynamiques s’enclencher en faveur de la paix et du développement de notre pays et pourquoi pas de la région. Face aux velléités du régime rwandais, la vigilance et la rigueur du Comité de Surveillance conjointe doit être de marbre afin de crédibiliser le parrain de cet Accord dans l’opinion tant nationale qu’internationale. Nul n’ignore que le Président Donald Trump tient à son Prix Nobel de la Paix.

Tribune de Tina Salama
Porte-parole du Président de la République

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