Assemblée nationale : Les députés ont gagné le départ de Kamerhe, mais le peuple, lui, qu’a-t-il gagné ? [Par Jonas Tshiombela]

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La cérémonie de remise et reprise entre l’Honorable Vital Kamerhe et le Premier Vice-Président Isaac Jean-Claude Tshilumbayi, le 25 septembre 2025, au Palais du Peuple, a été habillée d’un faste institutionnel. Les discours furent mesurés, les poignées de main chaleureuses, les sourires maîtrisés. Mais derrière ce théâtre solennel de la République, une question cruciale s’impose : qu’est-ce que ce départ change réellement pour le peuple congolais? Car en vérité, ce qui s’est joué dans l’hémicycle n’est pas seulement un changement de fauteuil, mais le reflet d’un rapport de force entre députés et un président contesté. Les élus ont obtenu le départ de Vital Kamerhe. C’est leur victoire. Mais cette victoire est-elle aussi celle du peuple ?

Un rituel institutionnel vidé de sens populaire
Le peuple congolais, plongé dans des souffrances sociales sans précédent chômage massif, insécurité persistante, flambée des prix, effondrement du pouvoir d’achat n’attend pas des cérémonies de protocole, mais des réformes structurelles et des actes concrets. La République s’enlise dans la misère et le désarroi, pendant que ses représentants célèbrent des victoires politiques internes. Vital Kamerhe, dans son mot d’adieu, a parlé de « souvenirs » et a réaffirmé sa loyauté au Président de la République. Tshilumbayi, de son côté, a promis de « pérenniser l’image de son prédécesseur » et de défendre la vision du Chef de l’État. Mais qui, dans ce cérémonial, a parlé du panier de la ménagère ? Qui a évoqué la faim des enfants, les hôpitaux en ruine, les routes défoncées, la misère des enseignants ?

Un peuple spectateur de sa propre histoire
La tragédie congolaise se répète : les députés se battent pour des postes, s’étripent pour des privilèges, s’arrogent des victoires internes, mais la population demeure spectatrice. On célèbre des cérémonies où les élites parlent entre elles, s’applaudissent entre elles, se transmettent les clés de la maison du peuple, alors que le vrai propriétaire de cette maison, le peuple congolais, reste dehors. Les Congolais n’attendaient pas seulement le départ de Vital Kamerhe, ils attendaient des changements concrets dans leur quotidien. Ils n’attendaient pas seulement une remise et reprise entre parlementaires, mais une remise et reprise entre l’État et le peuple, entre la politique et la vie réelle.

La victoire des députés, la défaite silencieuse du peuple.
Soyons clairs : le départ de Kamerhe ne change rien au prix du sac de farine, à la facture d’électricité, au manque d’eau potable, aux salaires impayés des fonctionnaires. C’est une victoire politique sans traduction sociale. C’est la victoire d’un hémicycle sur un homme, mais c’est aussi la défaite d’une Nation qui continue de subir une élite politique plus préoccupée par la gestion des équilibres internes que par la survie de ses citoyens.

Et maintenant ?
Le vrai défi de Tshilumbayi n’est pas de maintenir « l’image » de son prédécesseur, ni de répéter les discours protocolaires, mais de réconcilier l’Assemblée nationale avec le peuple congolais. En faisant de cette institution non plus une scène de manœuvres politiciennes, mais un outil de contrôle rigoureux du gouvernement. En transformant les débats de couloirs en lois utiles, palpables et ressenties dans la vie quotidienne des Congolais. En rappelant que la légitimité d’un député ne se mesure pas à sa capacité de faire tomber un président de l’Assemblée, mais à sa fidélité au mandat reçu des électeurs.

Conclusion : La République ne se nourrit pas de cérémonies
Le départ de Kamerhe restera un épisode de l’histoire parlementaire congolaise. Mais si ce départ ne s’accompagne pas d’un changement réel dans la gouvernance, il ne restera qu’un symbole creux. Le peuple n’a pas besoin d’une Assemblée nationale qui célèbre ses propres victoires. Il a besoin d’une Assemblée qui se bat pour ses victoires à lui : l’eau, l’électricité, la santé, l’éducation, la sécurité, le pain quotidien. Et tant que cette remise et reprise ne débouchera pas sur une remise et reprise du destin national, la République continuera de jouer une pièce dont le peuple congolais n’est jamais que le spectateur frustré.

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