Présenté comme une initiative majeure pour ramener la paix et le vivre-ensemble en République démocratique du Congo, le « Pacte social » lancé par la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et l’Église du Christ au Congo (ECC) ne fait pas l’unanimité. Le Conseil interreligieux congolais (CIR), dirigé par l’archevêque Dodo Kamba, met en garde contre ce qu’il considère comme des lacunes majeures dans le document.
Le mobil de cette méfiance reste l’omission dans le texte des prélats catholiques et de l’ECC du Rwanda comme agresseur à travers le mouvement armé M23/AFC. « En ne nommant pas clairement les responsables, on dilue le message et on amoindrit la portée du pacte », a réagi Mgr Jacques Martin Yoka, rapporteur du CIR. Pour lui, ce silence affaiblit la crédibilité de la démarche, surtout dans un contexte où la population attend des prises de position fermes.
Le CIR pointe également une ambiguïté sur la question du dialogue national. Le Pacte présente le chef de l’État comme un simple « participant » au processus, là où la Constitution le place comme garant de la souveraineté et de l’unité nationale. Une posture que le Conseil juge en décalage avec les réalités institutionnelles.
Le CIR fustoge également le fait que le texte mettrait l’accent sur la recherche de paix au détriment de la justice. « On ne peut pas bâtir une réconciliation durable sans reconnaître les victimes et sans un mécanisme crédible de justice transitionnelle », martèle Mgr Yoka. À ses yeux, le « forum de consensus national » proposé dans le pacte ressemble plus à un chantier technique confié à des commissions qu’à un dialogue inclusif capable de répondre aux attentes populaires.
En toile de fond, un risque politique se dessine : un processus qui voudrait tout réconcilier, mais qui, en évitant de nommer les agresseurs et en minimisant les responsabilités, pourrait finir par perdre la confiance de ceux qui en attendent justice et vérité. Le CIR invite donc la CENCO et l’ECC à ouvrir davantage leur démarche aux autres plateformes religieuses, à clarifier les responsabilités et à replacer la justice au cœur du processus.
Le président Félix-Antoine Tshisekedi, qui avait reçu les conclusions du Pacte social le 21 juin dernier, avait d’ailleurs recommandé aux initiateurs de collaborer avec son conseiller spécial en sécurité, le professeur Eberande Kolongele, et d’associer toutes les confessions religieuses – y compris celle de Dodo Kamba.
Pour l’instant, la balle reste dans le camp des promoteurs du Pacte social. Sauront-ils corriger ces zones d’ombre pour en faire un véritable outil de mobilisation nationale ? Ou l’initiative restera-t-elle un texte bien-intentionné mais incapable de porter la charge historique que lui impose la situation à l’Est du pays ? L’avenir le dira.
Fidel Songo


