RDC : la Rapporteuse spéciale de l’ONU alerte sur l’ampleur de la traite des êtres humains liée au conflit

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Au terme de sa première mission officielle en République démocratique du Congo, Mme Siobhán Mullally, Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la traite des êtres humains, a dressé, au cours d’un point de presse tenu hier hier vendredi juillet à Kinshasa, un tableau alarmant de la situation, en particulier dans les zones de conflit dans l’Est du pays. Durant cette visite marquée par des échanges avec les autorités congolaises, la société civile et des survivants, l’experte onusienne a présenté les multiples visages de la traite en RDC, notamment à des fins d’exploitation sexuelle, de travail forcé et de violences liées aux conflits armés.

La mission, qui s’est déroulée dans les provinces de Kinshasa et du Haut-Katanga, a permis à la Rapporteuse spéciale de visiter plusieurs sites sensibles, notamment la prison centrale de Makala, des centres d’accueil pour victimes, ainsi que des zones minières artisanales. Elle a également rencontré des représentants du Service d’assistance et d’encadrement de l’exploitation minière artisanale (SAEMAPE), des syndicats, des chefs religieux et des personnes en situation de handicap.

La Rapporteuse spéciale a exprimé sa vive inquiétude face à l’ampleur de la traite des personnes dans les zones affectées par les conflits, notamment en Ituri, au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, où les exactions se sont multipliées depuis l’offensive de l’Alliance du Fleuve Congo/M23 en janvier 2025, avec le soutien des Forces de défense rwandaises (RDF).

« La traite des êtres humains est utilisée comme une stratégie pour terroriser, déplacer et asservir les communautés », a-t-elle déclaré, rappelant que les femmes et les filles sont particulièrement ciblées à des fins d’exploitation sexuelle, de mariage forcé ou d’esclavage sexuel. Elle a dénoncé également la persistance de la traite des enfants, enrôlés de force ou soumis à des violences sexuelles dans l’indifférence générale.

Mme Mullally a souligné la forte corrélation entre les activités minières illicites et les cas de traite, notamment le travail forcé des enfants dans les mines et les actes d’esclavage domestique. « L’impunité, la corruption et l’absence d’inspections efficaces favorisent ces pratiques », a-t-elle déploré. Elle s’est dite particulièrement préoccupée par les violences sexuelles généralisées autour des sites miniers, ainsi que par la faiblesse de l’appareil judiciaire et des mécanismes de protection, notamment pour les victimes vivant avec un handicap ou en situation de grande pauvreté.

La Rapporteuse spéciale a regretté l’annulation, sans préavis, de sa visite prévue au Nord-Kivu par les autorités de facto du M23/AFC, ce qui l’a empêchée d’évaluer la situation dans cette province particulièrement touchée.

Dans son rapport, elle a salué les efforts entrepris par le gouvernement congolais, notamment l’adoption de la Stratégie nationale 2020–2025 pour mettre fin à la violence sexuelle et sexiste, ainsi que la réforme du Code pénal. Toutefois, elle a souligné que la mise en œuvre sur le terrain reste limitée et que les services d’assistance aux victimes sont insuffisants, voire inexistants dans certaines zones.

« La traite des êtres humains est une grave violation des droits de l’homme qui réduit les victimes à l’état de marchandises », a-t-elle martelé. Appelant à une mobilisation collective, elle a insisté sur l’importance de placer les enfants, filles et garçons, au centre de toutes les politiques de prévention, de protection et de réhabilitation. Mme Mullally a également appelé à soutenir davantage les organisations de la société civile, les syndicats et les défenseurs des droits humains, trop souvent victimes d’intimidations et de harcèlement.

La Rapporteuse spéciale a conclu sa visite en réaffirmant sa disponibilité à collaborer étroitement avec les autorités congolaises dans la lutte contre toutes les formes de traite. « Il est temps de prendre des mesures urgentes, efficaces et inclusives pour éradiquer ce fléau », a-t-elle déclaré, saluant l’engagement affiché par le ministère des Droits humains et les autres institutions nationales rencontrées.

FS

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