Deal entre les USA et la RDC : sécurité contre minerais (Tribune de Patrick T. Onoya)

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APPRENDRE DES NÉGOCIATIONS ENTRE LES USA ET L’UKRAINE : POURQUOI L’ACCORD DE PAIX PROPOSÉE PAR LES ÉTATS-UNIS A L’UKRAINE EST BASÉE SUR LA CRÉATION D’UN FONDS D’INVESTISSEMENT ?

  1. CONTEXTE

Les États-Unis et l’Ukraine ont signé un accord qui permettra à Washington d’accéder à certaines des ressources naturelles (les fameuses “terres rares » ) de ce pays déchiré par la guerre.

En préparation depuis des mois, cet accord crée un fonds d’investissement dont l’Ukraine espère qu’il consolidera l’aide américaine alors que le pays s’efforce de repousser la Russie, trois ans après l’invasion.

Au regard des quelques similitudes entre le contexte des négociations de l’Ukraine avec les USA et celui de la RDC avec les USA , dans cette tribune, nous emettons un raisonnement par analogie afin de capitaliser sur l’expérience ukrainienne des négociations avec les USA tout en tirant les leçons des déboires financiers fustigees par l’Inspection Générale des Finances (IGF) a l’issue de l’Audit sur les contrats chinois.

  1. UN FONDS D’INVESTISSEMENT, C’EST QUOI ?

Un fonds d’investissement, appelé aussi fonds commun de placement, est un véhicule financier permettant aux investisseurs de mutualiser leurs capitaux pour diversifier leurs placements. Les fonds sont gérés par des sociétés spécialisées qui définissent une stratégie d’investissement et répartissent les actifs.

  1. QUELS SONT LES AVANTAGES D’UN FONDS D’INVESTISSEMENT ?

Certains des avantages des fonds d’investissement, appelés aussi fonds communs de placement, comprennent une gestion de portefeuille avancée, le réinvestissement des dividendes, la réduction des risques, la commodité et une tarification équitable.

Par ailleurs, dans un pays, tel que la RDC, ou des pans entiers de l’économie soufrent d’un manque criant d’options de financement (et/ou d’investissement), l’introduction des  » fonds d’investissement  » dans l’économie congolaise constituera une aubaine, a la fois pour la réalisation des projets publics et privées d’envergure.

Cela consacrera la genèse de la reconfiguration de l’architecture financière de la RDC .

C’est une occasion à saisir !

  1. EST-IL POSSIBLE QUE LA RDC COPIE LE MODELE UKRAINIEN ?

Les fonds communs de placement (fonds d’investissement) permettent de confier les décisions d’investissement à un professionnel.

Pour la RDC, confier les décisions d’investissement a des professionnels pourrait constituer un  » atout stratégique  » permettant d’éviter les erreurs du passé car les  » choix politiques  » dans les projets d’investissement constituent la source principale d’échec des projets publics initiés par l’Etat congolais. ( Voir les conclusions de l’audit de l’IGF sur les contrats chinois )

Voilà pourquoi le modèle ukrainien d’accord  » sécurité contre minerais  » basé sur la création d’un fonds d’investissement mérite une attention particulière de notre part.

  1. ETUDE DE CAS : GASPILLAGE FINANCIER DANS L’EXECUTION DES CONTRATS CHINOIS

Selon les conclusions de l’Inspection Générale des Finances (IGF) sur l’audit des contrats chinois du programme 5 chantiers, il a été relevé une Faiblesse criante et modicité des investissements des infrastructures, notamment, la SICOMINES a mobilisé, en 14 ans, des financements d’un montant total de USD 4.471.588.685,14 et n’a consacré que USD 822.190.060,14 pour le financement des travaux d’infrastructures, soit 18,38% du financement total mobilisé.

Par conséquent, quelques questions se posent :

Qu’est-ce que la Sicomines a pu faire des 4 milliards récoltés s’il n’a utilisé que 18% de ce montant ?

Combien de projets d’investissement (publics et privés ) auraient pu être exécutés si les 4 milliards de dollars étaient placés dans un fonds d’investissement ?

C’est pour ces raisons que nous fustigeons le gaspillage des fonds publics à cause d’une faiblesse (carrément de la carence) d’un raisonnement financier adéquat lors de la négociation de grands projets devant impacter positivement le social des congolais tel que, jadis les contrats chinois, et aujourd’hui les contrats américains en cours de négociation.

  1. OBSERVATIONS

Au regard de la précarité de l’organisation du programme des 5 chantiers issue des contrats chinois, organisation basee sur 3 composantes seulement : la Sicomines, le Bureau de coordination ainsi que l’Agence Congolaise des Grands Travaux (ACGT ), qui a occasionné des contres performances dans l’exécution des projets d’infrastructures et une opacité criante dans la gestion financière , il apparaît plus que nécessaire d’approfondir la réflexion sur la  » configuration financière  » finale a considérer a l’issue des négociations en cours pour un accords de coopération entre les USA et la RDC.

  1. RECOMMANDATION

Tenant compte de l’expérience du passé, les fameux contrats chinois sévèrement critiqués par l’Inspection Générale des Finances (IGF), nous recommandons au Chef de l’Etat de considérer sérieusement le  » modèle ukrainien  » d’accord de paix basée sur la création « d’un fonds d’investissement  » permettant une meilleure mobilisation et gestion des fonds.

  1. CONCLUSION

A l’issue de cette réflexion, il apparaît que le modèle ukrainien d’accord de paix basé sur la création d’un fonds d’investissement pourrait constituer la meilleure configuration par laquelle pourrait transiter les 500 milliards de dollars sur 15 ans promis a la RDC par les USA.

Néanmoins, aller dans cette direction nécessitera d’améliorer l’architecture financière de la RDC : sujet que nous allons traiter dans une prochaine tribune.

Bonne lecture !

PATRICK ONOYA TAMBWE

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